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PAULA DOUCET – LA VIOLENCE EN MILIEU DE TRAVAIL ET LE PERSONNEL INFIRMIER IMMATRICULÉ – COMMENTAIRE

Le Syndicat des infirmières et infirmiers du Nouveau‑Brunswick (SIINB) a récemment fait part aux médias des résultats de deux sondages concernant les infirmières et infirmiers immatriculés, et les incidents de violence en milieu de travail. Les chiffres sont renversants. Des 400 membres choisis de façon aléatoire pour participer au premier sondage, 54 % ont été victimes d’une forme de violence au cours de la dernière année. Parmi les 779 répondants au sondage mené auprès de tous les membres, 66 % ont signalé avoir été victimes de violence physique ou verbale, ou des deux, durant les 12 mois précédents.

Voilà un peu plus de dix ans que Statistique Canada a mené une Enquête nationale sur le travail et la santé du personnel infirmier. Le peu de progrès réalisés au cours de la dernière décennie est l’aspect le plus décevant des résultats des récents sondages du SIINB. Le taux d’incidents de violence pendant cette période n’a pas baissé; nos membres ont signalé plus d’incidents de violence que les infirmières et infirmiers du Nouveau‑Brunswick sondés par Statistique Canada en 2005. La violence verbale et le harcèlement ont enregistré la hausse la plus importante, représentant 73 % des incidents de violence. Cette tendance est très inquiétante.

Le fait que, selon les sondages menés par le SIINB, environ le quart seulement des incidents de violence sont signalés à l’employeur reste cependant préoccupant. Les infirmières et infirmiers immatriculés sont réticents à signaler les incidents pour diverses raisons. Il existe une culture historique d’accepter la violence comme « faisant partie du travail ». À titre d’exemple, les infirmières et infirmiers immatriculés sont soucieux d’un patient, d’un client ou d’un résident qui devient violent, mais qui n’a pas la capacité d’apprécier leurs efforts ou ils se montrent compréhensifs des frustrations verbales des membres de la famille qui attendent pendant un temps anormalement long à l’urgence avec un être cher. Ceux qui ont été victimes de violence au travail peuvent aussi craindre des représailles ou d’être tenus responsables de la violence s’ils la dénoncent.

Une autre raison souvent invoquée pour ne pas signaler un incident violent est que cela ne sert à rien puisque rien ne changera. Sans des mesures de prévention, d’intervention et de suivi, le fait de signaler des incidents de violence à leur employeur ne donne aucun résultat positif et comporte plusieurs risques potentiels. C’est une raison importante pour que la violence soit clairement définie comme un risque professionnel dans la Loi sur l’hygiène et la sécurité au travail. La modification de la loi permettrait non seulement de poursuivre les efforts de prévention de la violence dans les milieux des soins de santé, mais elle imposerait aussi aux employeurs l’obligation légale d’agir lorsque les employés signalent des incidents de violence. Cela ne s’arrête toutefois pas à la loi. La sensibilisation et l’éducation sont aussi nécessaires pour renforcer le fait que la violence et le harcèlement en milieu de travail ne seront pas tolérés et qu’ils sont inacceptables dans tout milieu de travail au Nouveau‑Brunswick.

Le SIINB et les employeurs du secteur de la santé ont travaillé ensemble récemment pour réduire la violence en milieu de travail. À la suite de ces partenariats de collaboration inestimables pour élaborer et appliquer des mesures de prévention de la violence, le SIINB et les employeurs insistent sur l’importance de signaler TOUS les incidents de violence. Malgré les résultats des récents sondages sur les incidents non signalés, nos membres commencent à s’exprimer. J’ai entendu récemment la présidente d’une section locale dire qu’un plus grand nombre d’incidents de violence ont été signalés dans les hôpitaux de sa région au cours des deux premiers mois de 2017 que pendant toute l’année 2016.

Le SIINB et les employeurs ont retroussé leurs manches et entrepris d’accroître les efforts de prévention de la violence en premières lignes dans le secteur des soins de santé. Il est toutefois grand temps que le gouvernement fasse sa part sur le plan législatif. Les meilleures politiques et pratiques ne peuvent remplacer la loi. La loi doit garantir à tous les travailleurs néo‑brunswickois que des évaluations des risques seront faites dans leurs milieux de travail et que les mesures préventives requises seront mises en place. Même avec les mesures préventives, il peut encore y avoir de la violence et des abus. Les travailleurs néo‑brunswickois méritent d’être protégés par une loi, tout comme le sont les autres travailleurs au Canada.

Le Nouveau‑Brunswick demeure la seule province qui ne reconnaît pas la violence en milieu de travail comme un risque professionnel dans sa Loi sur l’hygiène et la sécurité au travail, et ce, malgré les efforts de sensibilisation du SIINB et d’autres organisations syndicales au cours de la dernière décennie. Nos hôpitaux sont surpeuplés et manquent de personnel, ce qui accroît le risque d’épisodes de frustration et de violence.

En Ontario, il a fallu la mort de Lori Dupont, une infirmière immatriculée, pour que le gouvernement modifie sa loi. À la suite d’un incident impliquant une arme survenu en octobre 2016 au Soldiers Memorial Hospital à Middleton, en Nouvelle‑Écosse, le premier ministre Stephen McNeil a collaboré avec le Syndicat des infirmières et infirmiers de la Nouvelle‑Écosse et d’autres intervenants afin de commencer à rendre les établissements de soins de santé plus sécuritaires. La Nouvelle‑Écosse dispose d’un règlement sur la violence en milieu de travail. Après cet incident, l’engagement a été pris de rendre les salles d’urgence des hôpitaux plus sûres. Pour prévenir la violence en milieu de travail, il faut une loi qui reconnaît le risque, prévoit des mesures à prendre et comporte un engagement de la part des employeurs, du gouvernement et des employés de travailler ensemble afin de s’assurer que les milieux de travail, quels qu’ils soient, sont sécuritaires.

Le gouvernement du Nouveau‑Brunswick se targue d’être un chef de file sur plusieurs plans. Pourtant, nous sommes la dernière province à faire de la sécurité de tous les travailleurs une priorité. Faut‑il attendre un décès pour que le gouvernement prenne les mesures qui s’imposent pour protéger tous les travailleurs au Nouveau‑Brunswick?

Paula Doucet est la présidente du Syndicat des infirmières et infirmiers du Nouveau‑Brunswick qui représente plus de 6 900 infirmières et infirmiers immatriculés, et infirmières et infirmiers praticiens dans la province.

 

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